La matrice d’Eisenhower : trier ses tâches entre urgent et important (avec exemples)

Deux questions suffisent pour décider quoi faire maintenant, quoi planifier, quoi confier et quoi abandonner.

  • La matrice d’Eisenhower classe chaque tâche selon deux critères : urgente ou non, importante ou non.
  • Urgent et important : faire maintenant. Important mais pas urgent : planifier. Urgent mais pas important : déléguer ou regrouper. Ni l’un ni l’autre : abandonner.
  • La case la plus précieuse est « important, pas urgent » : c’est là que se construisent la santé, les projets et les finances.
  • Faites le tri une fois par semaine en 10 minutes, puis placez les tâches importantes dans votre agenda.

D’où vient la matrice ?

Elle porte le nom de Dwight D. Eisenhower, alors président des États-Unis. Le 19 août 1954, devant la deuxième assemblée du Conseil œcuménique des Églises, sur le campus de l’université Northwestern à Evanston (Illinois), il cite un « ancien président d’université » qui disait avoir deux sortes de problèmes, les urgents et les importants : les urgents ne sont pas importants, et les importants ne sont jamais urgents. Eisenhower ne parlait donc pas de lui-même, et la formule « rarement urgents », très répandue, est une version adoucie apparue plus tard.

Le tableau à quatre cases a été popularisé en 1989 par Stephen Covey dans Les 7 habitudes de ceux qui réalisent tout ce qu’ils entreprennent, sous le nom de « matrice de gestion du temps ». Le nom d’Eisenhower lui a été associé ensuite, notamment dans First Things First (Covey et Merrill, 1994). On la trouve aussi sous les noms de « matrice urgent-important » ou « méthode Eisenhower ».

Urgent ou important : la différence

  • Urgent : la tâche réclame une action rapide. Une échéance, quelqu’un qui attend, une conséquence immédiate si rien n’est fait.
  • Important : la tâche compte pour vos objectifs, votre santé, vos proches, vos finances, votre travail. Ne pas la faire a un coût réel, même s’il n’apparaît que plus tard.

Le piège : l’urgence crie, l’importance chuchote. Ce n’est pas qu’une image. Dans cinq expériences publiées en 2018, Meng Zhu, Yang Yang et Christopher Hsee ont montré que l’on choisit des tâches objectivement moins intéressantes simplement parce qu’elles semblent urgentes. Dans la première, 13,3 % des étudiants choisissaient la tâche la moins rémunératrice quand elle expirait dans 24 heures, et 31,3 % quand elle expirait dans 10 minutes. Les chercheurs appellent cela l’« effet de simple urgence ».

Les quatre cases de la matrice
UrgentPas urgentImportantPas important
1. Faire maintenantCrises et vraies échéancesfacture due aujourd’hui, enfant malade, dossier à rendre demain
2. PlanifierLà où se construit l’essentielépargne, sport, formation, bilan de santé, temps en famille
3. Déléguer ou regrouperUrgent pour les autres, pas pour vousla plupart des appels, certaines réunions, demandes de dernière minute
4. AbandonnerNi urgent ni importantscroller, trier des mails sans fin, séries en boucle
L’argument de Covey : plus vous investissez dans la case 2, moins la case 1 se remplit, car beaucoup de crises sont des tâches importantes négligées.

Case 1 : faire maintenant

Ce sont les vraies urgences importantes. Il faut les traiter, mais elles ne devraient pas remplir vos journées. Si cette case déborde en permanence, c’est souvent le signe que des tâches de la case 2 ont été repoussées jusqu’à devenir des crises : la déclaration faite la veille de l’échéance, la voiture qui tombe en panne faute d’entretien.

Le biais de planification y contribue. Dans une étude de Roger Buehler et ses collègues (1994), des étudiants prévoyaient en moyenne 33,9 jours pour terminer leur mémoire ; il leur en a fallu 55,5, et seuls 29,7 % ont fini dans les temps. Une tâche importante qu’on croit pouvoir faire « plus tard » devient urgente plus vite qu’on ne le pense.

Case 2 : planifier

C’est la case la plus importante et la plus négligée. On y trouve tout ce qui améliore votre vie sur le long terme : épargner, faire du sport, se former, entretenir sa maison, préparer un projet, passer du temps avec ses proches, faire un bilan de santé.

Ces tâches ne crient jamais. Si vous ne leur donnez pas un moment précis dans votre agenda, elles ne se feront pas. C’est justement ce que la recherche confirme : fixer quand et où l’on fera quelque chose améliore nettement les chances de le faire (effet moyen à fort, d = 0,65, sur 94 tests ; Gollwitzer et Sheeran, 2006). Notre recommandation : chaque semaine, placez deux ou trois tâches de la case 2 dans votre agenda, comme des rendez-vous.

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Les tâches importantes mais pas urgentes deviennent des rendez-vous qui reviennent seuls.

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Case 3 : déléguer ou regrouper

Ces tâches semblent urgentes parce que quelqu’un les réclame, mais elles ne servent pas vos objectifs. Trois options :

  • Déléguer : un collègue, un proche, un service peut s’en charger.
  • Regrouper : traitez les messages, appels et petites demandes dans un bloc dédié, une ou deux fois par jour, au lieu de vous interrompre.
  • Négocier le délai : « Je peux vous répondre jeudi » suffit souvent.

Case 4 : abandonner

Tout ce qui n’est ni urgent ni important. Ce n’est pas le repos, qui est important pour votre santé. C’est le temps qui file sans que vous l’ayez choisi : faire défiler les réseaux sociaux par réflexe, trier sans fin, regarder « encore un épisode » sans en avoir vraiment envie.

Exemples selon votre situation

SituationCase 1 : faireCase 2 : planifierCase 3 : regrouperCase 4 : abandonner
ParentRendez-vous médical de l’enfantBudget de la rentréeGroupe WhatsApp de l’écoleScroller au coucher
FreelanceLivrer le projet dû demainAutomatiser les relances de factures, prospecterMails non prioritairesRefaire son logo pour la 3ᵉ fois
ÉtudiantExamen de demainRéviser chaque semaineMessages du groupeVidéos en boucle
CommerçantRéapprovisionner un produit épuiséAnalyser ses margesDémarcheursRéorganiser la vitrine sans raison

Parent

Case 1 : faireRendez-vous médical de l’enfant

Case 2 : planifierBudget de la rentrée

Case 3 : regrouperGroupe WhatsApp de l’école

Case 4 : abandonnerScroller au coucher

Freelance

Case 1 : faireLivrer le projet dû demain

Case 2 : planifierAutomatiser les relances de factures, prospecter

Case 3 : regrouperMails non prioritaires

Case 4 : abandonnerRefaire son logo pour la 3ᵉ fois

Étudiant

Case 1 : faireExamen de demain

Case 2 : planifierRéviser chaque semaine

Case 3 : regrouperMessages du groupe

Case 4 : abandonnerVidéos en boucle

Commerçant

Case 1 : faireRéapprovisionner un produit épuisé

Case 2 : planifierAnalyser ses marges

Case 3 : regrouperDémarcheurs

Case 4 : abandonnerRéorganiser la vitrine sans raison

Faire sa matrice en 10 minutes

La matrice de la semaine en 10 minutes
  1. 1
    Vider sa têteListez toutes les tâches en cours, sans filtre.
  2. 2
    Deux questions par tâcheEst-ce important ? Est-ce urgent ? Notez 1, 2, 3 ou 4.
  3. 3
    Rayer la case 4Tout de suite, sans regret.
  4. 4
    Regrouper la case 3Un créneau dédié, ou quelqu’un d’autre.
  5. 5
    Planifier la case 2Au moins deux tâches placées dans l’agenda cette semaine.
  6. 6
    Traiter la case 1En premier, mais en surveillant pourquoi elle se remplit.

Les erreurs fréquentes

  • Tout mettre en case 1. Si tout est urgent et important, vous confondez pression et priorité. Demandez-vous : que se passe-t-il vraiment si j’attends deux jours ?
  • Oublier de planifier la case 2. La noter ne suffit pas : il faut lui donner une date et une heure.
  • Confondre repos et case 4. Dormir, voir des amis, se détendre volontairement est important.
  • Refaire la matrice chaque jour. Une fois par semaine suffit, avec un rapide coup d’œil chaque matin.
  • Ne jamais dire non. La case 3 se vide surtout en apprenant à refuser ou à différer poliment.

Les limites de la matrice

  • Elle ne classe pas les tâches à l’intérieur d’une case. Si la case 2 contient dix tâches, il faut encore choisir par laquelle commencer.
  • « Important » dépend de vos objectifs. Sans objectifs clairs, tout paraît important. Écrivez d’abord vos trois priorités du trimestre.
  • Déléguer suppose que quelqu’un est disponible. Seul, la case 3 se traite surtout en regroupant ou en négociant les délais.
  • Les priorités bougent. Une tâche de la case 2 peut passer en case 1 en quelques jours : c’est pour cela qu’on refait le tri chaque semaine.

Matrice d’Eisenhower et argent

La matrice fonctionne aussi très bien pour les finances. Payer une facture à échéance est en case 1. Construire une épargne de précaution, comparer ses assurances ou préparer sa retraite sont en case 2 : jamais urgents, toujours importants. C’est pourquoi on les repousse, et c’est pourquoi ils méritent un rendez-vous fixe.

Rappels & tâches · Binome360
Donnez un rendez-vous aux tâches importantes

Dites à votre binôme ce que vous voulez faire et quand : il le rappelle au bon moment.

  • Rappels ponctuels ou récurrents créés en une phrase
  • Tâches cochées ou reportées d’un geste
  • Rappels partagés avec votre famille pour la charge du foyer
  • Le point budget du week-end programmé une fois pour toutes
Planifier ma case 2

Questions fréquentes

La matrice d’Eisenhower fonctionne-t-elle pour une équipe ?

Oui, à condition de partager la même définition de « important ». En équipe, ce qui est important découle des objectifs communs du mois ou du trimestre. Faites le tri ensemble une fois par semaine, et attribuez clairement chaque tâche de la case 3 à une personne : c’est souvent là que naissent les malentendus.

Combien de tâches mettre dans chaque case ?

Aucune étude ne fixe de nombre. Notre repère pratique : si la case 1 contient plus de cinq tâches chaque semaine, vous êtes en mode pompier ; si la case 2 est vide, vous sacrifiez l’avenir au présent. Visez deux à trois grandes tâches de la case 2 par semaine.

Que faire quand tout me semble important ?

Revenez à vos objectifs. Écrivez vos trois priorités du trimestre (par exemple : rembourser une dette, lancer une activité, retrouver la forme). Une tâche est importante si elle fait avancer l’une d’elles, ou si ne pas la faire crée un vrai problème. Le reste peut attendre, se déléguer ou disparaître.

Papier ou application ?

Une feuille pliée en quatre suffit pour commencer. L’intérêt d’une application ou d’un assistant apparaît pour la case 2 : chaque tâche planifiée devient un rappel daté qui revient seul, au lieu de rester sur une feuille qu’on ne relit pas.

La matrice remplace-t-elle la to-do list ?

Non. La to-do list dit ce qui existe ; la matrice dit ce qui mérite votre attention en premier. Gardez une seule liste, et utilisez la matrice une fois par semaine pour décider ce qui reçoit un créneau dans l’agenda, ce qui est confié à quelqu’un et ce qui est supprimé.

En résumé

La matrice d’Eisenhower tient en deux questions : est-ce urgent ? Est-ce important ? Traitez la case 1, planifiez la case 2, regroupez ou déléguez la case 3, abandonnez la case 4. Le vrai changement vient de la case 2 : donnez-lui chaque semaine des rendez-vous précis, et la case 1 finira par se vider.

Sources

  • Dwight D. Eisenhower, discours à la deuxième assemblée du Conseil œcuménique des Églises, Evanston (Illinois), 19 août 1954, American Presidency Project : presidency.ucsb.edu.
  • Quote Investigator, « What Is Important Is Seldom Urgent » (histoire de la citation) : quoteinvestigator.com.
  • Stephen R. Covey, The 7 Habits of Highly Effective People, Free Press, 1989 ; Stephen R. Covey et A. Roger Merrill, First Things First, 1994.
  • Meng Zhu, Yang Yang et Christopher K. Hsee, « The Mere Urgency Effect », Journal of Consumer Research, 45(3), 2018.
  • Roger Buehler, Dale Griffin et Michael Ross, « Exploring the “planning fallacy” », Journal of Personality and Social Psychology, 67(3), 1994.
  • Peter M. Gollwitzer et Paschal Sheeran, « Implementation intentions and goal achievement », Advances in Experimental Social Psychology, 38, 2006.

Également disponible en English.