La réponse courte
- Faites un budget par devise, puis une vue d’ensemble dans votre devise principale, avec un taux de change de budget fixé à l’avance et revu tous les trois mois.
- Gardez un compte dans chaque pays : l’un pour vivre sur place, l’autre pour ce qui reste en France (crédit, assurances, impôts, famille).
- Votre résidence fiscale ne dépend pas de votre nationalité : en France, un seul des trois critères de l’article 4 B du CGI suffit (foyer, activité principale, centre des intérêts économiques), sous réserve des conventions fiscales.
- Résident fiscal français, vous devez déclarer chaque compte détenu à l’étranger (formulaire 3916). L’oubli coûte 1 500 € par compte, et 10 000 € dans certains pays.
- Visez une épargne de précaution de quelques mois de dépenses essentielles, plus le prix d’un billet retour.
Avant de partir : faire l’inventaire de ce qui reste en France
Une expatriation ne coupe pas tout. Il reste presque toujours des dépenses en euros : un crédit, une assurance, un abonnement, une aide à un parent, parfois un logement à entretenir ou à louer. La première étape est de lister ces engagements, un par un, avec leur montant et leur date.
Pour chacun, trois options : le garder, le résilier, ou le transférer (changer d’adresse, de moyen de paiement, de bénéficiaire). Un abonnement de salle de sport à Nantes n’a plus de sens à Montréal ; une assurance emprunteur, si.
- Liste des prélèvements en euros qui continueront après le départ
- Abonnements à résilier (salle de sport, box, transports)
- Nouvelle adresse signalée au centre des finances publiques
- Espace impots.gouv.fr créé et accessible depuis l’étranger
- Banque prévenue : le compte reste-t-il ouvert pour un non-résident ?
- Couverture santé vérifiée (régime local, détachement ou Caisse des Français de l’étranger)
- Inscription au registre des Français établis hors de France
Pour le détail des démarches administratives, notre guide sur vos finances à chaque étape de la vie a une section dédiée au départ à l’étranger. Ici, on se concentre sur l’argent au quotidien.
Un budget en deux devises
Le piège classique : additionner des euros et des dollars canadiens dans la même colonne, ou convertir chaque dépense au taux du jour et ne plus jamais retrouver ses totaux. La méthode la plus simple tient en trois règles.
- Chaque dépense reste dans sa devise. Le loyer à Montréal est en dollars canadiens, le crédit en France est en euros. Vous ne convertissez rien au moment de noter.
- Vous choisissez un taux de budget. Un seul chiffre, fixé pour trois mois, qui sert à faire la vue d’ensemble. Il n’a pas besoin d’être exact : il doit être prudent.
- Vous le révisez à date fixe. Tous les trois mois, comparez-le au taux réel et ajustez.
Prenons Camille, qui part travailler à Montréal. Salaire net : 3 400 CAD par mois. Pour l’exemple, elle retient un taux de budget de 1 € = 1,60 CAD.
| Poste | Devise | Montant | En CAD (taux de budget) |
|---|---|---|---|
| Loyer | CAD | 1 400 | 1 400 |
| Courses | CAD | 450 | 450 |
| Transports | CAD | 100 | 100 |
| Téléphone | CAD | 45 | 45 |
| Loisirs | CAD | 250 | 250 |
| Épargne de précaution | CAD | 300 | 300 |
| Crédit étudiant (France) | EUR | 150 | 240 |
| Assurance (France) | EUR | 30 | 48 |
| Forfait mobile français conservé | EUR | 10 | 16 |
| Aide à sa mère | EUR | 100 | 160 |
| Total | 3 009 |
Loyer
DeviseCAD
Montant1 400
En CAD (taux de budget)1 400
Courses
DeviseCAD
Montant450
En CAD (taux de budget)450
Transports
DeviseCAD
Montant100
En CAD (taux de budget)100
Téléphone
DeviseCAD
Montant45
En CAD (taux de budget)45
Loisirs
DeviseCAD
Montant250
En CAD (taux de budget)250
Épargne de précaution
DeviseCAD
Montant300
En CAD (taux de budget)300
Crédit étudiant (France)
DeviseEUR
Montant150
En CAD (taux de budget)240
Assurance (France)
DeviseEUR
Montant30
En CAD (taux de budget)48
Forfait mobile français conservé
DeviseEUR
Montant10
En CAD (taux de budget)16
Aide à sa mère
DeviseEUR
Montant100
En CAD (taux de budget)160
Total
Devise
Montant
En CAD (taux de budget)3 009
Il lui reste 3 400 − 3 009 = 391 CAD de marge. Ses engagements en euros font 290 €, soit 464 CAD au taux de budget. Si l’euro monte à 1,70 CAD, ils passent à 493 CAD : 29 CAD de plus par mois. Ce n’est pas dramatique, mais c’est la raison d’avoir un taux de budget prudent et une marge. Règle pratique : si une grosse part de vos charges est dans l’autre devise, gardez une réserve d’environ 5 à 10 % sur ces lignes. C’est un repère, pas une règle officielle.
Pour construire le budget lui-même, notre méthode du budget mensuel s’applique telle quelle, devise par devise.
Comptes et cartes : ce qu’il faut garder
La plupart des expatriés finissent avec deux comptes, et c’est une bonne chose.
- Un compte local, pour recevoir le salaire et payer le quotidien sans frais de change. Il est souvent indispensable pour louer un logement ou signer un contrat de téléphone.
- Un compte en France, pour les prélèvements qui restent, les remboursements de santé, les impôts éventuels et l’aide à la famille. Demandez à votre banque si elle garde les clients non-résidents, et à quelles conditions : certaines le font, d’autres non.
Entre les deux, vous ferez des virements réguliers. Ils ont un coût, frais plus marge de change, exactement comme un envoi à la famille. Notre guide pour envoyer de l’argent à l’étranger explique comment calculer ce coût réel et comparer deux offres. Un virement de 290 € par mois vers la France, c’est 3 480 € par an : un écart de 1 % sur le change représente déjà près de 35 € par an.
Enfin, un point d’organisation : notez quelque part, en lieu sûr, quelle banque, quel numéro de conseiller, quelle adresse de contact pour chaque compte. Jamais vos mots de passe ni vos codes.
Résidence fiscale : les bases, sans raccourci
C’est la question que tout le monde pose, et celle où il faut être le plus prudent. Voici les principes, à vérifier ensuite sur impots.gouv.fr ou avec un professionnel.
Qui est résident fiscal français ? L’article 4 B du Code général des impôts retient trois critères, et un seul suffit :
- votre foyer (conjoint, enfants) ou votre lieu de séjour principal est en France ;
- vous exercez en France une activité professionnelle principale ;
- vous avez en France le centre de vos intérêts économiques (principaux investissements, source principale de revenus).
Les conventions fiscales priment. Si la France et votre pays d’accueil ont signé une convention, et qu’elle vous désigne comme résident de l’autre pays, vous n’êtes pas considéré comme domicilié en France au sens de l’article 4 B. Chaque convention a ses règles : lisez celle qui vous concerne.
L’année du départ. Signalez votre nouvelle adresse à votre centre des finances publiques. L’année suivante, vous déclarez les revenus de l’année du départ. Si vous gardez des revenus de source française, un loyer par exemple, vous pouvez rester imposable en France sur ces revenus.
Les comptes à l’étranger. Tant que vous êtes résident fiscal français, et surtout au retour, vous devez déclarer chaque année les comptes ouverts, détenus, utilisés ou clos à l’étranger, avec le formulaire 3916, en même temps que votre déclaration de revenus. Le compte local ouvert pendant l’expatriation et jamais fermé est facile à oublier. L’amende est de 1 500 € par compte non déclaré, portée à 10 000 € si le compte est dans un État qui n’a pas conclu avec la France de convention d’assistance administrative permettant l’accès aux informations bancaires.
L’épargne de précaution de l’expatrié
Loin de chez soi, les imprévus coûtent plus cher : un billet d’avion en urgence, un dépôt de garantie, une période sans emploi sans le filet habituel. Le repère courant de trois à six mois de dépenses reste valable ; ajoutez-y le prix d’un aller simple vers la France.
Pour Camille, les dépenses essentielles (loyer, courses, transports, téléphone et engagements en euros) font 1 400 + 450 + 100 + 45 + 464 = 2 459 CAD par mois. Trois mois, c’est 7 377 CAD. Avec, par exemple, 900 CAD pour un billet retour, son objectif est de 8 277 CAD. À 300 CAD par mois, il lui faut environ 28 mois : c’est long, d’où l’intérêt de partir avec une partie de cette somme déjà de côté. Notre guide sur l’épargne de précaution détaille où la placer.
Gardez cette épargne dans la devise où vous en auriez besoin en premier. Si l’imprévu le plus probable est un retour en France, une partie en euros a du sens.
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Dans Binome360, vous notez chaque dépense dans sa devise, en une phrase ou à la voix, et les totaux restent séparés par devise. Vos comptes (local, France, espèces) se tiennent à la main, sans connexion bancaire. Rien n’est enregistré tant que vous n’avez pas confirmé.
Loyer 1 400 CAD payé, et prélèvement du crédit étudiant 150 € sur le compte France
C’est préparé : dépense « Logement » de 1 400 CAD sur le compte Canada, et dépense « Crédit » de 150 € sur le compte France. Les totaux restent séparés par devise. Je l’enregistre ?
Vous confirmez, ou vous changez le compte avant.
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Binome360 ne donne pas de conseil fiscal : pour votre résidence fiscale, référez-vous à impots.gouv.fr et, si votre situation est complexe, à un professionnel. Si vous partez à deux, notre guide du budget de couple aide à choisir comment partager les dépenses.
Questions fréquentes
Faut-il garder son compte bancaire français quand on s’expatrie ?
C’est souvent utile, pour les prélèvements qui restent, les remboursements et l’aide à la famille. Vérifiez auprès de votre banque qu’elle garde les non-résidents et à quel tarif. Et si vous redevenez résident fiscal français, déclarez vos comptes étrangers avec le formulaire 3916.
Est-on encore imposable en France quand on vit à l’étranger ?
Cela dépend de votre domicile fiscal (article 4 B du CGI) et de la convention fiscale entre la France et votre pays d’accueil. Si vous n’êtes plus résident, vous pouvez rester imposable en France sur vos revenus de source française. Le service des impôts des particuliers non-résidents (SIPNR) et la rubrique « Je pars à l’étranger » d’impots.gouv.fr sont les références.
Comment faire un budget avec deux devises ?
Notez chaque dépense dans sa devise, fixez un taux de budget prudent pour trois mois, et faites la vue d’ensemble dans votre devise principale. Révisez le taux à date fixe plutôt qu’à chaque variation.
Combien d’épargne avoir avant de partir ?
Un repère courant est de trois à six mois de dépenses essentielles, plus le prix d’un billet retour. Si vous partez sans contrat de travail, visez plutôt le haut de la fourchette.
En résumé
S’expatrier sereinement, c’est tenir un budget par devise avec un taux de budget prudent, garder un compte dans chaque pays, connaître les trois critères de la résidence fiscale et ne pas oublier le formulaire 3916. Ajoutez une épargne de précaution qui couvre aussi un billet retour, et l’argent cessera d’être la source de stress du départ.
Première action : listez aujourd’hui tous les prélèvements en euros qui continueront après votre départ, avec leur montant et leur date.
Sources
- impots.gouv.fr, « Suis-je non-résident fiscal ? » : impots.gouv.fr.
- BOFiP-Impôts, BOI-IR-CHAMP-10, « Personnes imposables et domicile fiscal » (article 4 B du CGI) : bofip.impots.gouv.fr.
- impots.gouv.fr, formulaire n° 3916, « Déclaration par un résident d’un compte ouvert à l’étranger » : impots.gouv.fr.
- Code général des impôts, articles 1649 A et 1736 (obligation de déclaration et amendes) : legifrance.gouv.fr.
- Service Public, « Comment déterminer son domicile fiscal ? » : service-public.gouv.fr.
Également disponible en English.