Préparer sa retraite : pourquoi commencer tôt, même avec peu

Pour la retraite, le temps travaille davantage que le montant. Les calculs, les règles officielles et les premiers gestes, sans conseil de placement.

  • Le temps compte plus que le montant. Avec un rendement de 4 % par an (hypothèse d’illustration, pas une prévision), 100 € par mois de 25 à 65 ans donnent environ 114 000 €, dont 48 000 € seulement ont été versés.
  • Pour obtenir le même capital en commençant à 45 ans, il faut verser environ 319 € par mois, soit plus de trois fois plus.
  • La retraite obligatoire ne remplace qu’une partie du salaire : pour un salarié au salaire moyen et à carrière complète, l’OCDE projette 70 % du dernier revenu net en France.
  • Première étape : estimer vos droits sur info-retraite.fr (service « Mon estimation retraite », ex-M@rel). Ensuite, si votre employeur abonde un plan d’épargne retraite, ne laissez pas cet argent sur la table.
  • Surveillez les frais : un point de frais en plus par an peut coûter environ un cinquième du capital sur 40 ans.

Cet article donne une information générale. Il ne remplace pas un conseil personnalisé : pour choisir un produit ou un placement, adressez-vous à un conseiller en investissements financiers enregistré ou à votre banque, et comparez.

Pourquoi le temps pèse plus que le montant

Quand votre épargne rapporte, les gains produisent à leur tour des gains : ce sont les intérêts composés. Leur effet est faible les premières années, puis s’accélère. C’est pour cela qu’un petit montant placé tôt peut peser plus qu’un gros montant placé tard.

La formule pour un versement identique chaque année est la suivante :

Capital final = V × ((1 + r)ⁿ − 1) ÷ r

où V est le versement annuel, r le rendement annuel et n le nombre d’années.

Pour tous les exemples de cet article, nous prenons r = 4 % par an, en termes réels (c’est-à-dire après inflation, donc en euros d’aujourd’hui), avec un versement en fin d’année et sans frais ni impôts. C’est une hypothèse d’illustration, pas une prévision. Les rendements réels varient beaucoup d’une année à l’autre, peuvent être négatifs, et une épargne sans risque rapporte en général moins.

Exemple : Awa, 25 ans, met de côté 100 € par mois, soit 1 200 € par an, jusqu’à 65 ans (40 ans).

  • (1,04)⁴⁰ = 4,8010
  • (4,8010 − 1) ÷ 0,04 = 95,026
  • 1 200 × 95,026 = 114 031 € (arrondi), pour 48 000 € versés.

Les intérêts composés ont produit 66 031 €, soit plus que les versements eux-mêmes.

Ce que coûte chaque décennie d’attente

Même objectif (114 031 € à 65 ans, même hypothèse de 4 %), trois âges de départ. Le versement annuel nécessaire se calcule en inversant la formule : V = Capital × r ÷ ((1 + r)ⁿ − 1).

Âge de départDuréeVersement annuel nécessaireSoit environ par moisTotal verséCapital à 65 ans
25 ans40 ans1 200 €100 €48 000 €114 031 €
35 ans30 ans2 033 €169 €60 995 €114 031 €
45 ans20 ans3 829 €319 €76 587 €114 031 €

25 ans

Durée40 ans

Versement annuel nécessaire1 200 €

Soit environ par mois100 €

Total versé48 000 €

Capital à 65 ans114 031 €

35 ans

Durée30 ans

Versement annuel nécessaire2 033 €

Soit environ par mois169 €

Total versé60 995 €

Capital à 65 ans114 031 €

45 ans

Durée20 ans

Versement annuel nécessaire3 829 €

Soit environ par mois319 €

Total versé76 587 €

Capital à 65 ans114 031 €

Attendre dix ans augmente l’effort mensuel de près de 70 % ; attendre vingt ans le multiplie par plus de trois.

Autre façon de le voir. Awa verse 1 200 € par an de 25 à 35 ans, puis s’arrête : 12 000 € versés, 14 407 € à 35 ans. Laissée placée 30 ans de plus, cette somme devient 14 407,33 × (1,04)³⁰ = 14 407,33 × 3,2434 = 46 729 €. Son ami Karim commence à 35 ans et verse 1 200 € par an jusqu’à 65 ans : 36 000 € versés, 67 302 € à l’arrivée. Awa a versé trois fois moins que Karim et obtient 69 % de son capital.

Un repère mental utile, la règle de 72 (une règle empirique) : 72 ÷ rendement annuel ≈ nombre d’années pour doubler. À 4 %, 72 ÷ 4 = 18 ans. Vérification : (1,04)¹⁸ = 2,03.

Combien faut-il pour la retraite ? Le taux de remplacement

Le taux de remplacement compare votre première pension à votre dernier revenu d’activité. S’il est de 70 %, un salaire net de 2 000 € devient une pension d’environ 1 400 €.

L’OCDE calcule ce taux pour un salarié qui commence à travailler à 22 ans en 2024, gagne le salaire moyen et fait une carrière complète, selon les règles déjà votées :

Taux de remplacement net projeté, salaire moyen, carrière complète
70,0 %en France (régimes obligatoires)OCDE, Pensions at a Glance 2025
63,2 %moyenne des pays de l’OCDEOCDE, Pensions at a Glance 2025
54,2 %au Royaume-Uni, et 51,3 % aux États-UnisOCDE, Pensions at a Glance 2025

Ce sont des cas types, pas votre situation. Les carrières réelles comptent souvent des interruptions (chômage, temps partiel, enfants, années à l’étranger), qui réduisent la pension. Et le taux baisse quand le revenu monte : dans la moyenne de l’OCDE, il est de 75,2 % pour un revenu égal à la moitié du salaire moyen, mais de 52,9 % pour le double.

Pour estimer ce qui vous manquera, raisonnez en dépenses :

  1. Listez vos dépenses probables à la retraite (logement, santé, aide à la famille, loisirs). Certaines baissent, comme les transports domicile-travail ; d’autres montent.
  2. Soustrayez la pension estimée par les régimes obligatoires.
  3. L’écart mensuel est ce que votre épargne devra couvrir.

Pour convertir cet écart en capital, beaucoup de guides citent la « règle des 4 % » : retirer 4 % du capital la première année, puis le même montant ajusté de l’inflation, aurait tenu au moins 30 ans dans les données historiques américaines étudiées par William Bengen en 1994. C’est une règle empirique, fondée sur les marchés des États-Unis et sans frais : prenez-la comme un ordre de grandeur. Avec elle, un écart de 300 € par mois (3 600 € par an) demande environ 3 600 ÷ 0,04 = 90 000 €.

Étape 1 : connaître vos droits

En France, le site public info-retraite.fr regroupe tous les régimes (base et complémentaires). En vous connectant à votre compte retraite, vous pouvez :

  • consulter votre relevé de carrière et signaler une erreur (un trimestre manquant, un employeur oublié) ;
  • utiliser « Mon estimation retraite », le simulateur longtemps connu sous le nom de M@rel, pour estimer votre pension et comparer plusieurs âges de départ ;
  • recevoir automatiquement un relevé de situation individuelle à partir de 35 ans, puis tous les 5 ans, et une estimation chiffrée à partir de 55 ans.

L’âge de départ et la durée d’assurance requise dépendent de votre année de naissance et ont changé plusieurs fois ces dernières années : fiez-vous au simulateur plutôt qu’à un chiffre lu ailleurs.

Hors de France, cherchez l’équivalent : relevé de la caisse de retraite nationale, simulateur officiel, ou service des ressources humaines de votre employeur.

Étape 2 : récupérer l’argent de l’employeur

Si votre employeur propose un PER d’entreprise collectif (ou un ancien Perco) avec abondement, il complète vos versements. Cet abondement ne peut pas dépasser 3 fois ce que vous avez versé vous-même, ni 7 690 € par an. Exemple : si l’accord prévoit 100 % d’abondement jusqu’à 500 € par an, verser 500 € vous rapporte 500 € de plus, avant tout rendement. Demandez le règlement du plan à votre service RH.

Le même principe existe ailleurs : au Royaume-Uni, l’employeur doit verser au moins 3 % des revenus éligibles sur la pension d’entreprise ; aux États-Unis, beaucoup d’employeurs complètent les versements au 401(k).

Étape 3 : comprendre le PER sans choisir de produit à l’aveugle

Le plan d’épargne retraite (PER), créé en 2019, existe en version individuelle et en versions d’entreprise. Ce que dit Service-Public :

  • Blocage : en principe, l’épargne est bloquée jusqu’à la retraite. Il existe des cas de déblocage anticipé : décès du conjoint ou du partenaire de Pacs, invalidité, surendettement, fin des droits au chômage, liquidation judiciaire de votre entreprise, achat de la résidence principale, notamment.
  • Déduction fiscale : vos versements volontaires sont par défaut déductibles du revenu imposable (si vous avez moins de 70 ans). Pour les versements de 2026, le plafond est de 10 % de vos revenus d’activité de 2025, dans la limite de 37 680 €, ou 4 710 € si ce montant est plus élevé.
  • Sortie : en capital, en rente viagère ou un mélange des deux. Si vous avez déduit vos versements, la part de capital correspondante est imposée à la sortie au barème de l’impôt sur le revenu, et les gains au prélèvement forfaitaire unique (31,4 % en 2026).

La déduction est surtout intéressante si votre taux d’imposition est plus élevé aujourd’hui qu’il ne le sera à la retraite. Si vous n’êtes pas imposable, elle ne vous apporte rien. Le PER n’est d’ailleurs pas la seule façon d’épargner pour la retraite, et l’épargne de précaution passe avant : voir notre guide pour épargner.

Étape 4 : surveiller les frais

Les frais se prélèvent chaque année, qu’il y ait des gains ou non, et ils privent aussi votre épargne du rendement qu’ils auraient produit. Le gendarme boursier américain (SEC) illustre ce point avec un portefeuille de 100 000 $ qui rapporte 4 % par an pendant 20 ans. Refaisons le calcul en retirant les frais du rendement, en euros :

Frais annuelsCapital après 20 ansÉcart avec « sans frais »
0 %219 112 €0 €
0,25 %208 815 €−10 297 €
0,50 %198 979 €−20 133 €
1 %180 611 €−38 501 €

0 %

Capital après 20 ans219 112 €

Écart avec « sans frais »0 €

0,25 %

Capital après 20 ans208 815 €

Écart avec « sans frais »−10 297 €

0,50 %

Capital après 20 ans198 979 €

Écart avec « sans frais »−20 133 €

1 %

Capital après 20 ans180 611 €

Écart avec « sans frais »−38 501 €

Pour Awa (1 200 € par an pendant 40 ans), un rendement de 3 % au lieu de 4 % à cause d’un point de frais donne 90 482 € au lieu de 114 031 € : 23 549 € de moins, soit 21 %. Avant de signer, demandez le détail de tous les frais : sur versements, de gestion, d’arbitrage et de sortie.

Automatiser : ce que montrent les études

L’épargne retraite est le terrain où l’économie comportementale a le mieux mesuré la force des réglages par défaut.

  • L’adhésion automatique. Brigitte Madrian et Dennis Shea (Quarterly Journal of Economics, 2001) ont étudié une grande entreprise américaine qui a inscrit d’office ses nouveaux salariés au plan 401(k), avec un taux de 3 % par défaut. Après 3 à 15 mois d’ancienneté, 86 % des salariés embauchés sous ce régime participaient, contre 37 % pour ceux embauchés juste avant avec la même ancienneté. Le revers : 76 % des participants inscrits d’office restaient au taux par défaut de 3 %, plus bas que ce que choisissaient la plupart des autres.
  • La hausse programmée. Avec Save More Tomorrow, Richard Thaler et Shlomo Benartzi (Journal of Political Economy, 2004) ont proposé aux salariés d’affecter d’avance une partie de leurs futures augmentations à leur épargne retraite. Le taux d’épargne moyen des participants est passé de 3,5 % à 13,6 % en 40 mois.
  • À l’échelle d’un pays. Au Royaume-Uni, l’inscription automatique a été rendue obligatoire à partir de 2012. En 2025, environ 9 salariés éligibles sur 10 (90 %) épargnaient dans une pension d’entreprise en Grande-Bretagne, selon le ministère du Travail britannique.

La leçon pour vous : décidez une fois, puis automatisez. Un virement programmé le jour de la paie, et une hausse d’un point à chaque augmentation ou chaque 1er janvier.

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Préparer sa retraite en cinq gestes
  1. 1
    Estimer vos droitsConnectez-vous à info-retraite.fr, vérifiez votre relevé de carrière et lancez une estimation.
  2. 2
    Constituer l’épargne de précautionQuelques mois de revenus disponibles à tout moment, avant l’épargne bloquée.
  3. 3
    Prendre l’abondementSi votre employeur complète vos versements, versez au moins ce qu’il faut pour tout recevoir.
  4. 4
    AutomatiserUn virement le jour de la paie, même de 30 €, puis une hausse d’un point par an.
  5. 5
    Vérifier les fraisDemandez le détail écrit de tous les frais et comparez avant de signer.
Le choix d’un produit ou d’un placement relève d’un conseil personnalisé : faites-vous accompagner par un professionnel enregistré.

Et si je commence tard ?

Commencer à 45 ou 50 ans n’est pas « trop tard » : c’est plus cher par mois, comme le montre le tableau. Les leviers restent les mêmes, avec plus de poids sur trois d’entre eux : vérifier et corriger votre relevé de carrière (un trimestre oublié compte), récupérer tout l’abondement disponible, et réduire les dépenses fixes avant la retraite, comme finir de rembourser un prêt immobilier. Un conseiller peut aussi vous aider à comparer les options de départ selon votre situation.

Questions fréquentes

À quel âge commencer à épargner pour la retraite ?

Le plus tôt possible, mais pas avant d’avoir une épargne de précaution. Avec notre hypothèse de 4 %, chaque décennie d’attente augmente fortement le versement mensuel nécessaire : 100 € à 25 ans, 169 € à 35 ans, 319 € à 45 ans pour le même capital.

Combien épargner par mois pour sa retraite ?

Il n’y a pas de chiffre universel. Estimez votre pension sur info-retraite.fr, comparez-la à vos dépenses futures, puis calculez le capital qui couvre l’écart. Si c’est trop, commencez par un petit montant automatique et augmentez-le d’un point chaque année.

Le PER est-il intéressant pour tout le monde ?

Non. L’avantage fiscal dépend de votre taux d’imposition aujourd’hui et à la retraite, et l’argent est en principe bloqué jusqu’à la retraite. Comparez les frais et demandez conseil à un professionnel avant de souscrire.

Le simulateur M@rel existe-t-il toujours ?

Le service s’appelle désormais « Mon estimation retraite » et se trouve dans votre compte retraite sur info-retraite.fr. Il estime votre pension tous régimes confondus pour plusieurs âges de départ.

En résumé

Pour préparer sa retraite, le temps compte plus que le montant : un petit versement régulier commencé tôt vaut souvent un gros versement commencé tard. Estimez vos droits, prenez l’abondement de l’employeur, automatisez et surveillez les frais. Première action : connectez-vous aujourd’hui à info-retraite.fr et vérifiez votre relevé de carrière.

Sources

  • OCDE, Pensions at a Glance 2025: OECD and G20 Indicators, novembre 2025, tableau 4.4 « Net pension replacement rates by earnings » : oecd.org.
  • Info Retraite (GIP Union Retraite), « Mon estimation retraite » : info-retraite.fr.
  • Service-Public.fr, « Plan d’épargne retraite (PER) » (plafonds de déduction, abondement, déblocage, fiscalité de sortie), vérifié le 18 juin 2026 : service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F34982.
  • U.S. Securities and Exchange Commission, Investor Bulletin, « How Fees and Expenses Affect Your Investment Portfolio », SEC Pub. No. 164, février 2014 : sec.gov.
  • Brigitte C. Madrian et Dennis F. Shea, « The Power of Suggestion: Inertia in 401(k) Participation and Savings Behavior », Quarterly Journal of Economics, 116(4), 2001, p. 1149–1187 : nber.org/papers/w7682.
  • Richard H. Thaler et Shlomo Benartzi, « Save More Tomorrow: Using Behavioral Economics to Increase Employee Saving », Journal of Political Economy, 112(S1), 2004 : doi.org/10.1086/380085.
  • Department for Work and Pensions, « Workplace pension participation and savings trends of employees: 2009 to 2025 », 30 juillet 2026 : gov.uk.
  • GOV.UK, « Workplace pensions: what you, your employer and the government pay » : gov.uk.
  • William P. Bengen, « Determining Withdrawal Rates Using Historical Data », Journal of Financial Planning, octobre 1994.

Également disponible en English.