Prix de revient : le calculer pour un produit, un plat ou une prestation

Le prix de revient, c’est le prix en dessous duquel chaque vente vous coûte de l’argent. Voici comment le calculer sans logiciel, que vous vendiez un objet, un plat ou votre temps.

  • Le prix de revient (ou coût de revient) est la somme de tous les coûts supportés pour produire et vendre un bien ou un service. Bpifrance Création le définit comme le prix de vente minimal pour ne pas vendre à perte.
  • Prix de revient unitaire = coûts directs par unité + part des frais généraux par unité. Pour un indépendant, ajoutez une troisième ligne : votre temps, sinon vous ne vous payez pas.
  • Les coûts directs se rattachent à une unité précise (matières, emballage, sous-traitance, commissions). Les frais généraux (loyer, assurance, énergie, logiciel, comptable) se répartissent selon une clé : par unité vendue ou par heure travaillée.
  • La part des frais généraux dépend du volume : moins vous vendez, plus chaque unité coûte cher. Refaites le calcul avec un volume prudent.
  • Le prix de revient sert à fixer un prix plancher. Le prix de vente se décide ensuite face aux clients et aux concurrents.

Ce que le prix de revient contient, et ce qu’il ne contient pas

Quand on achète pour revendre, le calcul est court : prix d’achat, plus le transport et les frais d’approche. C’est le « coût de revient d’achat », détaillé dans notre guide pour calculer sa marge. Dès que vous transformez quelque chose (un plat, un savon, une robe) ou que vous vendez votre temps, il faut aller plus loin.

Bpifrance Création range les coûts en deux familles. Les coûts directs : achat de marchandises ou de matières premières, rémunérations, entretien du matériel, amortissement des machines. Les coûts indirects : étude de marché, publicité, frais généraux et financiers. Pour une petite activité, cela donne trois blocs pratiques :

BlocExemplesComment le ramener à une unité
Coûts directsIngrédients, matières, emballage, sous-traitance, commission par vente, carburant d’une livraisonDirectement, par unité
Frais générauxLoyer ou emplacement, énergie, assurance, téléphone, logiciel, comptable, remboursement du matérielTotal du mois ÷ unités vendues (ou heures facturées)
Votre tempsLa rémunération que vous visez, cotisations comprisesTotal du mois ÷ unités (ou heures)

Coûts directs

ExemplesIngrédients, matières, emballage, sous-traitance, commission par vente, carburant d’une livraison

Comment le ramener à une unitéDirectement, par unité

Frais généraux

ExemplesLoyer ou emplacement, énergie, assurance, téléphone, logiciel, comptable, remboursement du matériel

Comment le ramener à une unitéTotal du mois ÷ unités vendues (ou heures facturées)

Votre temps

ExemplesLa rémunération que vous visez, cotisations comprises

Comment le ramener à une unitéTotal du mois ÷ unités (ou heures)

Ce qui n’y entre pas : la TVA que vous collectez (elle est reversée à l’État, raisonnez hors taxes si vous y êtes soumis), et vos dépenses personnelles. Un prix de revient sans la ligne « votre temps » s’appelle parfois un coût de revient « hors main-d’œuvre de l’exploitant ». C’est utile à connaître, mais c’est le chiffre qui fait croire à beaucoup d’indépendants qu’ils gagnent de l’argent alors qu’ils travaillent gratuitement.

Calculer un prix de revient en quatre étapes
  1. 1
    Listez les coûts directs d’une unitéPesez, comptez, prenez les vraies factures. Un plat se calcule à partir de la recette pour un nombre de portions connu.
  2. 2
    Additionnez les frais généraux du moisTout ce que vous payez même sans vente. Divisez par le nombre d’unités vendues dans un mois normal, pas dans votre meilleur mois.
  3. 3
    Ajoutez votre tempsRémunération visée par mois ÷ unités par mois, ou taux horaire × durée pour une prestation.
  4. 4
    Testez un volume plus faibleRefaites les étapes 2 et 3 avec 25 à 30 % de ventes en moins. C’est votre prix de revient « mauvais mois ».
Le résultat est un plancher. En dessous, chaque vente vous coûte de l’argent ou votre temps.

Exemple 1 : un plat, dans un food truck à Lille

Karim vend des menus burger-frites dans un food truck. Il raisonne hors taxes : son menu est affiché 11 € TTC, soit 10 € HT avec une TVA à 10 % dans cet exemple. Tous les montants sont des exemples.

Coûts directs d’un menu : pain 0,45 €, steak 1,60 €, cheddar 0,25 €, crudités 0,30 €, sauce 0,15 €, frites 0,40 €, emballage et serviette 0,35 €. Total : 3,50 €.

Frais généraux du mois : emplacements 400 €, gaz et électricité 250 €, assurance 90 €, entretien du camion 150 €, remboursement du prêt du camion 600 €, téléphone et logiciel 60 €, comptable 100 €. Total : 1 650 €. Karim vend 1 100 menus dans un mois normal : 1 650 ÷ 1 100 = 1,50 € par menu.

Son temps : il vise 2 750 € par mois, cotisations comprises. 2 750 ÷ 1 100 = 2,50 € par menu.

FICHE PRIX DE REVIENT — Menu burger (hors taxes)

Coûts directs par menu                      3,50 €
Frais généraux : 1 650 € ÷ 1 100 menus      1,50 €
Rémunération : 2 750 € ÷ 1 100 menus        2,50 €
PRIX DE REVIENT COMPLET                     7,50 €

Prix de vente HT (11 € TTC ÷ 1,10)         10,00 €
Marge après rémunération                    2,50 €

Mois faible : 800 menus
Frais généraux : 1 650 ÷ 800                2,06 €
Rémunération : 2 750 ÷ 800                  3,44 €
PRIX DE REVIENT COMPLET                     9,00 €
Marge après rémunération                    1,00 €
Les 10 € HT d’un menu, mois normal
  • Coûts directs35 %3,50 €Ingrédients et emballage
  • Frais généraux15 %1,50 €Emplacement, énergie, camion, assurance
  • Rémunération de Karim25 %2,50 €Cotisations comprises
  • Marge restante25 %2,50 €Imprévus, investissements, impôt
Dans un mois à 800 menus, la même répartition laisse 1 € de marge au lieu de 2,50 €.

La leçon tient en une ligne : les coûts directs ne bougent pas, mais les frais fixes et la rémunération se répartissent sur moins de menus. Un mois creux fait passer le prix de revient de 7,50 € à 9,00 €. Karim sait donc qu’un prix à 10 € HT reste tenable, et qu’une « promo à 8 € HT » en janvier le ferait passer sous son prix de revient complet : il couvrirait encore ses frais (5,56 € par menu), mais se paierait bien moins que prévu.

Exemple 2 : un plat du jour à Dakar, en FCFA

Awa prépare chaque jour une marmite de thiéboudienne de 25 portions, vendues 1 500 FCFA l’une, 26 jours par mois. Prix d’exemple :

Coûts directs pour 25 portionsMontant
Poisson12 000 FCFA
Riz4 500 FCFA
Légumes6 000 FCFA
Huile, tomate, condiments4 000 FCFA
Gaz1 500 FCFA
Total pour la marmite28 000 FCFA

Poisson

Montant12 000 FCFA

Riz

Montant4 500 FCFA

Légumes

Montant6 000 FCFA

Huile, tomate, condiments

Montant4 000 FCFA

Gaz

Montant1 500 FCFA

Total pour la marmite

Montant28 000 FCFA

Par portion : 28 000 ÷ 25 = 1 120 FCFA, plus 100 FCFA de barquette, soit 1 220 FCFA.

Ses frais généraux sont de 100 000 FCFA par mois (loyer du local 60 000, eau et électricité 15 000, transport au marché 20 000, crédit téléphone 5 000), répartis sur 650 portions (25 × 26) : environ 154 FCFA par portion. Elle voudrait se verser 130 000 FCFA par mois, soit 200 FCFA par portion.

Prix de revient complet : 1 220 + 154 + 200 ≈ 1 574 FCFA. Elle vend à 1 500 FCFA. Sur le mois : 650 × 1 500 = 975 000 FCFA de ventes, moins 793 000 FCFA de coûts directs et 100 000 FCFA de frais généraux, il reste 82 000 FCFA pour elle, pas 130 000.

Awa a trois leviers : passer à 1 600 FCFA, réduire le coût du poisson (le plus gros poste), ou vendre davantage de portions pour étaler ses 100 000 FCFA de frais. Sans le calcul, elle aurait seulement eu l’impression de « beaucoup travailler pour pas grand-chose ».

Exemple 3 : une prestation, à Montréal

Pour une prestation, la clé de répartition devient l’heure facturable. Sofia est coiffeuse à domicile. Montants d’exemple en dollars canadiens, avant taxes.

Heures facturables : c’est le point le plus souvent surestimé. Sofia ne facture pas 35 heures par semaine toute l’année : il y a les trajets non facturés, l’administration, la formation, les vacances. Elle compte 25 heures facturées par semaine sur 44 semaines, soit 1 100 heures par an.

Frais généraux annuels : assurance 600 $, renouvellement du matériel 900 $, téléphone 480 $, formation 500 $, logiciel de rendez-vous 300 $, comptable 700 $. Total : 3 480 $, soit 3 480 ÷ 1 100 ≈ 3,16 $ par heure.

Son temps : elle vise 45 000 $ par an avant impôt, soit 45 000 ÷ 1 100 ≈ 40,91 $ par heure.

Une coupe et couleur prend 2 heures, trajet compris, et consomme 6 $ de produits et 8 $ d’essence et d’usure de la voiture :

  • coûts directs : 6 + 8 = 14,00 $
  • frais généraux : 2 × 3,16 ≈ 6,33 $
  • rémunération : 2 × 40,91 ≈ 81,82 $
  • prix de revient : environ 102,15 $

Si Sofia facture 90 $, elle ne perd pas d’argent au sens comptable, mais elle se paie environ 34,84 $ de l’heure au lieu de 40,91 $ (90 − 14 − 6,33 = 69,67 $ pour 2 heures). C’est exactement ce que le prix de revient doit rendre visible.

Du prix de revient au prix de vente

Le prix de revient est un plancher, pas un prix. Bpifrance Création rappelle que le prix de vente se fixe en croisant quatre regards : la demande, la concurrence, les coûts et votre positionnement. Une fois le plancher connu, deux calculs aident :

  • Le taux de marque que vous gardez sur le prix de vente : (prix de vente HT − prix de revient) ÷ prix de vente HT. Pour Karim : (10 − 7,50) ÷ 10 = 25 %. Notre guide du taux de marque explique la différence avec le taux de marge, qui se calcule sur le coût.
  • Le prix pour un taux de marque visé : prix de revient ÷ (1 − taux visé). Pour 30 % de taux de marque sur un prix de revient de 7,50 € : 7,50 ÷ 0,70 ≈ 10,71 € HT. Notre calculateur de marge fait ce calcul pour vous.

Si vous revendez des produits achetés, sans transformation, notre guide sur l’achat-revente montre comment suivre la marge article par article. Et pour mettre ces chiffres dans une vision d’ensemble de l’année, passez au budget prévisionnel.

Garder ses coûts à jour

Un prix de revient vieillit vite. Le poisson augmente, le fournisseur change le conditionnement, le loyer est révisé. Le calcul fait une fois au lancement devient faux en quelques mois, sans que vous le voyiez. Deux habitudes suffisent :

  1. Noter chaque achat avec son prix réel, au moment où vous le faites, dans la bonne catégorie (matières, emballages, frais généraux).
  2. Refaire la fiche une fois par trimestre, ou dès qu’un poste important bouge de plus de 10 %.

Dans Binome360, le module Boutique garde vos produits avec leur prix d’achat et leur prix de vente, et vos achats se notent en une phrase dans un assistant réservé à l’activité. Votre binôme prépare l’écriture, vous confirmez.

Un prix d’achat mis à jour en une phrase
Mon binômeBinome360

Le steak haché est passé à 1,75 € la pièce chez le grossiste. J’en ai acheté 400.

C’est préparé dans votre assistant « Food truck » : achat de 400 steaks à 1,75 €, soit 700 €, en « Matières premières ». Le prix d’achat du produit « Steak 150 g » passe de 1,60 € à 1,75 €. Je l’enregistre ?

Steak 150 g1,75 € l’unitéAchat de 400 · 700,00 €ConfirmerModifier

Vos marges produit par produit se recalculent avec le nouveau prix d’achat.

Essayer Binome360 gratuitement

Vous pouvez aussi demander à votre binôme de retenir votre fiche : « retiens que ma marmite de 25 portions coûte 28 000 FCFA ». Il la retrouve quand vous en avez besoin. L’app ne calcule pas vos prix de vente à votre place et ne se connecte ni à votre banque ni à vos fournisseurs : elle garde vos chiffres à jour pour que le calcul reste juste.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre prix de revient et coût de revient ?

Aucune dans l’usage courant : les deux désignent la somme des coûts engagés pour produire et vendre une unité. On parle parfois de « coût de revient » en comptabilité analytique et de « prix de revient » dans le commerce.

Comment calculer le prix de revient d’un plat ?

Chiffrez la recette entière pour un nombre de portions connu (ingrédients, énergie de cuisson), divisez par le nombre de portions, ajoutez l’emballage, puis la part de frais généraux et de rémunération par portion. Refaites-le quand un ingrédient important change de prix.

Faut-il inclure sa propre rémunération dans le prix de revient ?

Oui, si vous voulez savoir si votre activité vous fait vivre. Sans elle, vous obtenez un prix plancher qui couvre les frais mais pas votre travail. Calculez les deux : le prix sans rémunération (en dessous, vous perdez de l’argent) et le prix complet (en dessous, vous vous payez moins que prévu).

Comment répartir les frais généraux entre plusieurs produits ?

Choisissez une clé simple et cohérente : au nombre d’unités si les produits se ressemblent, au temps de fabrication si certains demandent beaucoup plus de travail, ou au chiffre d’affaires. L’important est de garder la même clé d’un calcul à l’autre.

Prix de revient et seuil de rentabilité, c’est la même chose ?

Non. Le prix de revient est un coût par unité, pour un volume donné. Le seuil de rentabilité est le chiffre d’affaires (ou le nombre d’unités) à atteindre pour couvrir toutes les charges fixes : charges fixes ÷ marge par unité.

En résumé

Le prix de revient additionne ce que coûte une unité (matières, emballage), sa part des frais du mois et votre temps. Calculez-le pour un mois normal et pour un mois faible : l’écart vous dit jusqu’où vous pouvez baisser un prix, et à partir de quand vous travaillez pour rien.

Première action : prenez votre produit ou votre prestation la plus vendue et remplissez la fiche des quatre étapes avec vos factures du mois dernier.

Sources

Également disponible en English.